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Changement climatique au Maroc

Changement climatique au Maroc : sommes-nous vraiment conscients de son impact ?

Auteur

Oussama BOUOUAROUR

Quand on entend « changement climatique », on pense souvent à quelque chose de lointain.

La fonte des glaciers.

La montée des océans.

Des images de catastrophes naturelles à l’autre bout du monde.

Ou encore des objectifs fixés pour 2030 ou 2050.

Pourtant, au Maroc, le changement climatique n’est plus seulement une question d’avenir.

Il peut être beaucoup plus proche de nous qu’on ne l’imagine.

Il se cache dans une saison agricole difficile.

Dans des années de sécheresse qui se suivent.

Dans la pression croissante sur les ressources en eau.

Dans le revenu d’une famille qui dépend de l’agriculture.

Et parfois, dans des changements que nous avons tellement intégrés à notre quotidien que nous ne les associons même plus au climat.

Alors une question mérite d’être posée :

Les Marocains sont-ils réellement conscients du changement climatique… ou sommes-nous surtout en train d’en vivre les conséquences sans toujours faire le lien ?

Nous ressentons parfois le changement avant de savoir le nommer

Une enquête Afrobarometer publiée en janvier 2026 apporte une réponse assez intéressante.

Environ 67 % des Marocains interrogés déclarent avoir entendu parler du changement climatique. Parmi ceux qui le connaissent, 76 % estiment qu’il rend déjà la vie au Maroc plus difficile.

Cela signifie aussi qu’environ un tiers de la population interrogée ne connaissait pas encore le concept sous ce nom.

Et pourtant…

Dans la même enquête, 86 % des Marocains affirment que les sécheresses sont devenues plus sévères dans leur région au cours des dix dernières années, tandis que 65 % constatent une aggravation des mauvaises récoltes.

Ce contraste est probablement l’une des choses les plus intéressantes à retenir.

On peut vivre les effets du changement climatique sans forcément les identifier comme tels.

Un agriculteur n’a pas besoin de connaître la définition scientifique du réchauffement climatique pour constater que les précipitations sont devenues plus imprévisibles.

Une famille n’a pas besoin de lire un rapport du GIEC pour remarquer que la question de l’eau occupe une place de plus en plus importante.

La sensibilisation ne commence donc peut-être pas toujours par expliquer ce qu’est le changement climatique.

Elle commence parfois par relier les points.

Et pourtant, beaucoup de Marocains savent déjà que quelque chose change

Une autre enquête menée par la Banque européenne d’investissement en 2022 avait obtenu un résultat encore plus marquant : 86 % des répondants marocains estimaient que le changement climatique affectait déjà leur vie quotidienne. Plus de la moitié, 51 %, déclaraient également que le changement climatique ou la dégradation de l’environnement avait affecté leurs revenus ou leurs moyens de subsistance.

Ces chiffres ne doivent pas être comparés directement à ceux d’Afrobarometer — les enquêtes n’utilisent ni exactement les mêmes questions ni la même méthodologie.

Mais ensemble, elles racontent quelque chose d’important :

le changement climatique n’est plus perçu uniquement comme un problème environnemental. Il commence à être vécu comme un problème économique et social.

Et c’est probablement là que notre manière d’en parler doit évoluer.

Le changement climatique ne concerne pas seulement la météo

C’est peut-être l’un des malentendus les plus fréquents.

Une journée exceptionnellement chaude n’est pas, à elle seule, une preuve du changement climatique.

Une année pluvieuse ne signifie pas non plus qu’il a disparu.

Le climat concerne des tendances observées sur des périodes longues.

Mais ces tendances finissent par influencer des choses très concrètes.

Au Maroc, la Banque mondiale identifie notamment la raréfaction de l’eau et les sécheresses, les risques d’inondation et la décarbonation de l’économie comme trois enjeux climatiques majeurs pour le développement du pays.

Et parmi eux, l’eau occupe une place particulièrement sensible.

L'eau est probablement l'endroit où le changement devient le plus visible

Le Maroc est déjà en situation de stress hydrique structurel.

La disponibilité en eau se situe autour de 620 m³ par habitant et par an et pourrait passer sous la barre des 500 m³ d’ici 2030, seuil correspondant à une situation de pénurie sévère, sous l’effet combiné de la croissance de la demande, de la démographie et du changement climatique.

Ce chiffre semble abstrait.

Mais ses conséquences ne le sont pas.

Moins d’eau disponible signifie davantage de pression sur :

  • l’agriculture ;
  • l’approvisionnement des villes ;
  • les nappes phréatiques ;
  • les écosystèmes ;
  • certaines activités industrielles ;
  • et, à terme, nos choix de consommation.

Le Maroc investit d’ailleurs massivement dans des barrages, le dessalement et d’autres infrastructures pour sécuriser son approvisionnement en eau face à des années successives de sécheresse.

Mais les infrastructures ne peuvent pas être la seule réponse.

La façon dont nous utilisons l’eau compte elle aussi.

L'agriculture nous rappelle que le climat finit toujours par arriver jusqu'à notre assiette

L’agriculture marocaine reste particulièrement sensible aux précipitations et aux épisodes de sécheresse. La Banque mondiale souligne régulièrement à quel point les variations de pluie peuvent affecter l’activité agricole et, par extension, l’économie du pays et les populations rurales.

Et c’est là qu’une chaîne souvent invisible apparaît.

Un changement dans les précipitations peut affecter une récolte.

Une récolte plus faible peut réduire le revenu d’un agriculteur.

Elle peut également modifier l’offre disponible sur le marché.

Et soudain, un phénomène que l’on imaginait appartenir aux conférences internationales sur le climat arrive jusqu’à notre économie locale et notre quotidien.

C’est aussi pour cela qu’il est parfois difficile de distinguer l’effet du changement climatique des autres facteurs économiques.

Les prix, par exemple, dépendent également de l’énergie, du transport, des importations, des marchés internationaux et de nombreux autres éléments.

Le climat n’explique pas tout.

Mais il devient progressivement un facteur supplémentaire qui influence tout le reste.

Et cette nuance est importante.

Nous ne sommes pas tous affectés de la même manière

C’est une autre dimension dont on parle peut-être encore trop peu.

Une sécheresse ne signifie pas la même chose pour tout le monde.

Pour quelqu’un vivant en ville, elle peut sembler être une question de gestion de l’eau.

Pour un agriculteur dont le revenu dépend directement d’une récolte, elle peut devenir une question de survie économique.

Pour une commune, elle implique la gestion d’infrastructures et de ressources limitées.

Pour une entreprise, elle peut représenter un risque opérationnel.

Pour un écosystème, elle peut modifier profondément les conditions de vie de nombreuses espèces.

C’est justement pour cela que la Banque mondiale insiste sur la nécessité d’intégrer l’équité et la résilience dans la réponse climatique du Maroc, et pas seulement la réduction des émissions.

Le changement climatique est global.

Ses conséquences, elles, sont profondément locales.

Être conscient ne signifie pas nécessairement agir

Voilà probablement la deuxième grande question.

Nous pouvons savoir que le changement climatique existe.

Nous pouvons même ressentir ses conséquences.

Et pourtant ne rien changer.

Dans l’enquête de la BEI, moins de la moitié des Marocains interrogés — 49 % — déclaraient qu’eux-mêmes ou des personnes de leur entourage avaient déjà pris des mesures pour s’adapter aux effets du changement climatique. Parmi les exemples cités figuraient notamment des technologies permettant d’économiser l’eau ou des actions destinées à mieux se préparer aux inondations.

C’est là qu’apparaît l’écart entre trois choses très différentes :

Savoir.

Comprendre.

Agir.

Et passer de l’une à l’autre n’est pas automatique.

Dire à quelqu’un que le changement climatique est dangereux ne lui indique pas forcément ce qu’il peut faire.

Montrer un graphique sur les températures mondiales ne lui explique pas nécessairement comment cela concerne son métier, son quartier ou son organisation.

C’est pourquoi la sensibilisation environnementale ne peut pas se limiter à transmettre des informations.

Elle doit aussi créer du lien entre le problème global et la réalité locale.

Peut-être avons-nous trop longtemps présenté le climat comme une catastrophe lointaine

Il y a quelque chose d’assez paradoxal dans la communication environnementale.

Pour convaincre que le problème est sérieux, nous utilisons souvent les images les plus spectaculaires :

des glaciers qui disparaissent,

des ours polaires,

des incendies gigantesques,

des océans qui montent.

Ces images sont puissantes.

Mais elles peuvent aussi rendre le problème étrangement distant.

Or, au Maroc, parler du changement climatique peut aussi vouloir dire parler :

d’eau.

d’agriculture.

de villes.

d’énergie.

de biodiversité.

d’emplois.

de résilience économique.

Et soudain, ce n’est plus une conversation abstraite sur « sauver la planète ».

C’est une conversation sur la façon dont nous souhaitons vivre demain dans notre propre pays.

La sensibilisation ne doit pas chercher à faire peur

C’est peut-être là que l’on peut améliorer notre façon de communiquer sur le climat.

La peur attire l’attention.

Mais elle ne crée pas toujours l’action.

Face à un problème présenté comme gigantesque, mondial et presque impossible à résoudre, la réaction peut facilement devenir :

« Qu’est-ce que je peux y faire, moi ? »

Une sensibilisation efficace devrait faire exactement l’inverse.

Elle devrait aider les personnes à comprendre :

ce qui est en train de changer,

pourquoi cela les concerne,

et surtout,

où elles peuvent agir.

Pour un étudiant, cela peut commencer par comprendre les enjeux.

Pour une entreprise, par mesurer ses impacts et revoir certaines pratiques.

Pour une collectivité, par préparer son territoire à des risques futurs.

Pour une association, par mobiliser une communauté.

Et pour chacun d’entre nous, par développer une relation un peu plus consciente avec les ressources que nous utilisons chaque jour.

Alors, les Marocains sont-ils suffisamment conscients du changement climatique ?

Probablement plus qu’on ne le pense.

Et peut-être moins qu’il ne le faudrait.

Les enquêtes montrent qu’une grande partie de la population reconnaît déjà les conséquences du changement climatique, notamment la sécheresse et les difficultés agricoles. Elles montrent également qu’une majorité de ceux qui connaissent le phénomène considère qu’il dégrade la vie dans le pays.

Mais connaître le terme « changement climatique » n’est que le début.

Le véritable enjeu consiste désormais à comprendre comment il se connecte à notre quotidien et comment chacun  citoyens, entreprises, associations, établissements d’enseignement ou collectivités peut participer à construire des réponses adaptées.

Parce que la prise de conscience n’est pas la destination.

C’est le point de départ.